Un bon devis travaux se reconnaît en trois points : il détaille chaque poste avec quantité et prix unitaire, il précise le taux de TVA applicable, et il mentionne l’assurance décennale de l’entreprise. Pour comparer, il faut au moins trois devis établis sur le même descriptif, et pour négocier, il faut savoir sur quelles lignes la marge existe. Voici la méthode complète, avec les règles en vigueur en 2026.
Repère rapide : ne signez jamais un devis le jour d’une visite commerciale. Exigez trois devis sur un cahier des charges identique, refusez un acompte supérieur à 30 %, vérifiez l’attestation décennale et la qualification RGE si vous visez une aide. Un écart de 20 à 40 % entre devis est courant ; au-delà, l’un d’eux a mal compris le chantier.
Résumé express
- Exigez un devis détaillé par poste avec quantités, prix unitaires HT, références des matériaux et assurance décennale
- Comparez trois devis sur un descriptif identique et ramenez tout en prix unitaires : un écart de 20 à 40 % est courant
- Vérifiez le taux de TVA : 5,5 % rénovation énergétique, 10 % amélioration, 20 % neuf et extension
- Refusez un acompte supérieur à 30 % et utilisez les 14 jours de rétractation en cas de signature à domicile
- Demandez la prime CEE avant de signer et attendez l’accord de l’Anah pour une rénovation d’ampleur
Ce que doit contenir un devis travaux
Pour les prestations de dépannage, de réparation et d’entretien dans le bâtiment (plomberie, électricité, serrurerie, maçonnerie, peinture…), un devis détaillé est obligatoire avant toute intervention, quel que soit son montant, depuis l’arrêté du 24 janvier 2017. Pour les autres chantiers, il est indispensable en pratique : aucune aide (MaPrimeRénov’, CEE, éco-PTZ) n’est accordée sans devis conforme.
| Mention | Pourquoi c’est important |
|---|---|
| Date du devis et durée de validité | Au-delà, l’entreprise peut réviser ses prix |
| Nom, adresse, SIRET et forme juridique de l’entreprise | Permet de vérifier l’existence et l’ancienneté de la société |
| Assurance décennale : assureur et couverture géographique | Obligatoire pour les travaux de construction et de gros œuvre ; c’est votre recours pendant 10 ans |
| Adresse du chantier et description précise des travaux | Évite les malentendus sur le périmètre |
| Décomposition par poste : désignation, quantité, unité, prix unitaire HT | Indispensable pour comparer et négocier |
| Marque et référence des matériaux et équipements | Un « carrelage 60×60 » peut valoir 15 ou 80 €/m² |
| Frais de déplacement, d’évacuation des gravats, de protection | Postes souvent oubliés puis facturés |
| Total HT, taux de TVA, total TTC | Le taux doit correspondre à la nature des travaux |
| Délai d’exécution ou date de début | Base d’éventuelles pénalités de retard |
| Conditions de paiement (acompte, échéancier, solde) | À négocier avant signature |
| Devis gratuit ou payant | Mention obligatoire pour le dépannage |
| Médiateur de la consommation | Recours amiable gratuit en cas de litige |
Pour des travaux de rénovation énergétique aidés, ajoutez le numéro de qualification RGE de l’entreprise, valide à la date de signature, et les caractéristiques techniques exigées par l’aide (résistance thermique de l’isolant, performance de la pompe à chaleur, etc.). Un devis sans ces données est refusé par l’Anah ou par le financeur des CEE.
Le bon taux de TVA
| Taux | Travaux concernés | Conditions |
|---|---|---|
| 5,5 % | Rénovation énergétique : isolation, pompe à chaleur, chauffe-eau solaire, régulation du chauffage, et travaux induits | Logement achevé depuis plus de 2 ans, matériel fourni et posé par l’entreprise |
| 10 % | Amélioration, transformation, aménagement et entretien : salle de bain, cuisine posée, électricité, plomberie, menuiseries hors critères énergétiques | Logement de plus de 2 ans ; pas de surélévation ni d’augmentation de plus de 10 % de la surface de plancher |
| 20 % | Construction neuve, extension, travaux qui reviennent à un immeuble neuf, équipements fournis sans pose | Taux normal |
Changement récent : depuis la loi de finances 2025, l’attestation papier que le client remplissait pour bénéficier des taux réduits a été supprimée. Elle est remplacée par une mention, signée par vous, sur le devis ou la facture, qui certifie que le logement a plus de deux ans et que les travaux respectent les conditions du taux réduit. Lisez-la avant de signer : en cas de fausse déclaration, le rappel de TVA peut vous être réclamé.
Comparer trois devis : la méthode ligne par ligne
- Rédigez un descriptif commun avant de consulter : surfaces, quantités, niveau de gamme souhaité, contraintes d’accès. Envoyez le même document aux trois entreprises.
- Ramenez tout en prix unitaires : prix au m², au mètre linéaire, à l’unité. C’est la seule façon de repérer un poste surévalué ou oublié.
- Vérifiez les quantités : un devis moins cher a souvent compté 20 m² de moins ou oublié la dépose.
- Comparez les matériaux à référence égale : marque, gamme, épaisseur, classement.
- Listez ce qui n’est pas compris : évacuation des gravats, protection des sols, raccordements, finitions, nettoyage.
- Regardez les délais et le planning : une entreprise disponible demain en haute saison doit vous interroger.
Exemple sur une rénovation de salle de bain de 6 m² :

| Poste | Devis A | Devis B | Devis C |
|---|---|---|---|
| Dépose et évacuation | Inclus | 650 € HT | Non mentionné |
| Plomberie et douche à l’italienne | 3 200 € HT | 2 900 € HT | 2 400 € HT |
| Carrelage sol et murs (fourni-posé) | 2 800 € HT (référence précisée) | 3 100 € HT (référence précisée) | 1 900 € HT (« carrelage standard ») |
| Meuble vasque, WC suspendu | 1 600 € HT | 1 450 € HT | 1 500 € HT |
| Électricité, ventilation | 900 € HT | 850 € HT | Non mentionné |
| Total TTC (TVA 10 %) | 9 350 € | 9 845 € | 6 380 € |
Le devis C paraît 30 % moins cher, mais il ne comprend ni la dépose ni l’électricité, et le carrelage n’est pas identifié. Une fois ces postes ajoutés, il rejoint les deux autres. Le devis A, plus détaillé et tout compris, est ici le plus sûr. Pour situer ces montants, consultez notre guide sur le prix d’une rénovation de salle de bain.
Repères de taux horaires en 2026
Quand un devis facture de la main-d’œuvre à l’heure, comparez avec les fourchettes constatées en 2026 (hors TVA, hors déplacement) :
| Métier | Taux horaire HT constaté |
|---|---|
| Électricien | 35 à 50 €/h, jusqu’à 75 €/h en travaux complexes |
| Plombier | 40 à 70 €/h |
| Chauffagiste | 30 à 65 €/h + 20 à 40 € de déplacement |
| Maçon | 35 à 70 €/h |
| Menuisier | 40 à 60 €/h |
| Couvreur | 45 à 70 €/h |
| Plaquiste | 35 à 45 €/h |
Une intervention en urgence, le soir ou le week-end peut être majorée jusqu’au double. Les tarifs d’Île-de-France et des grandes métropoles se situent en haut de fourchette.
Acompte, rétractation et paiement : vos droits
- Acompte : aucune loi ne le plafonne pour des travaux classiques, mais 20 à 30 % à la signature est l’usage. Le reste se paie par situations, à l’avancement réel du chantier.
- Acompte ou arrhes : un acompte vous engage définitivement ; des arrhes permettent de renoncer en les perdant. Le devis doit employer le bon mot.
- Signature à domicile ou hors de l’entreprise : vous disposez de 14 jours pour vous rétracter, et l’entreprise ne peut encaisser aucun paiement avant 7 jours. Ce droit ne s’applique pas sur une foire ou un salon.
- Retenue de garantie : vous pouvez retenir jusqu’à 5 % du montant pendant un an pour garantir la levée des réserves, si le contrat le prévoit et sauf caution bancaire de l’entreprise.
- Réception des travaux : faites un procès-verbal, avec réserves écrites. C’est le point de départ des garanties de parfait achèvement (1 an), biennale (2 ans) et décennale (10 ans).
Les signaux d’alerte sur un devis
Certains devis doivent vous faire renoncer, même s’ils sont attractifs. Voici ceux que nous écartons systématiquement :
- Un forfait global sans détail (« rénovation salle de bain : 7 500 € ») : impossible de savoir ce qui est compris, donc impossible de réclamer quoi que ce soit en cas d’oubli.
- Pas d’attestation décennale, ou une attestation qui ne couvre pas l’activité concernée : un plombier assuré pour la plomberie ne l’est pas forcément pour la maçonnerie ou l’étanchéité.
- Un acompte de 50 % ou plus, ou une demande de paiement en espèces : le risque de perdre la somme en cas de défaillance devient trop élevé.
- Une validité de 24 ou 48 heures et une remise « exceptionnelle si vous signez aujourd’hui » : c’est une technique de vente, pas une contrainte de prix.
- Un taux de TVA incohérent : 5,5 % appliqué à une cuisine ou 20 % sur une rénovation de salle de bain dans un logement ancien. Dans les deux cas, l’entreprise maîtrise mal ses obligations.
- Une sous-traitance non annoncée : si une autre entreprise intervient, son nom et son assurance doivent vous être communiqués, et elle doit être RGE si une aide est en jeu.
Négocier un devis sans prendre de risque
Négocier ne veut pas dire faire baisser le prix de 20 % par principe : un artisan qui travaille à perte se rattrape sur les finitions ou abandonne le chantier. Les vraies marges de manœuvre sont ailleurs :
- La période : hors haute saison (fin d’automne, hiver pour l’intérieur), les entreprises remplissent leur planning et acceptent plus facilement un geste.
- Le regroupement : confier deux ou trois lots à la même entreprise réduit ses déplacements et son temps d’installation.
- Les matériaux : demandez une variante avec une gamme inférieure sur les postes non visibles, ou fournissez vous-même certains équipements (en sachant qu’ils ne seront pas garantis par l’artisan et que la TVA passera à 20 % sur ces fournitures).
- Les travaux préparatoires : dépose, évacuation, peinture de finition peuvent être réalisées par vous si vous êtes bricoleur.
- L’échéancier : un acompte plus faible et un solde à la réception valent parfois mieux qu’une remise.
Prévoyez enfin une réserve de 10 à 15 % pour les imprévus, surtout dans l’ancien : murs hors d’équerre, réseaux à reprendre, découvertes en démolition. Notre guide pour rénover une maison ancienne explique dans quel ordre lancer les lots pour limiter ces mauvaises surprises.
Devis et aides à la rénovation : l’ordre à respecter
C’est le piège le plus coûteux. Pour les certificats d’économies d’énergie, la demande de prime doit être faite avant la signature du devis. Pour MaPrimeRénov’, le dossier doit être déposé avant le début des travaux, et en rénovation d’ampleur, ne signez pas avant l’accord de l’Anah. Les gestes éligibles ont fortement changé en 2026 : vérifiez ce qui est encore financé dans notre dossier MaPrimeRénov’ 2026 et sur la fiche officielle de service-public.fr.

Méfiez-vous des entreprises qui vous démarchent par téléphone pour des travaux de rénovation énergétique : ce démarchage est interdit par la loi depuis 2020. Une offre « à 1 € » ou « financée à 100 % par l’État » sans visite technique sérieuse est presque toujours un signal d’alerte.
FAQ : devis travaux
Un devis travaux est-il gratuit ?
Le plus souvent oui, mais l’entreprise peut le facturer si elle l’annonce avant. Pour le dépannage et l’entretien, le devis doit indiquer clairement s’il est gratuit ou payant. Un devis payant est parfois déduit de la facture si vous confiez les travaux à l’entreprise.
Combien de devis faut-il demander ?
Trois au minimum pour un chantier de plus de quelques milliers d’euros. Au-delà de cinq, le temps passé à comparer dépasse le gain, et les entreprises sérieuses répondent moins volontiers.
Un artisan peut-il dépasser le prix du devis ?
Non, un devis signé engage l’entreprise sur le prix pour les travaux décrits. Tout supplément doit faire l’objet d’un avenant signé avant d’être réalisé. Sans avenant, vous pouvez refuser de payer le dépassement.
Comment vérifier qu’une entreprise est fiable ?
Contrôlez le SIRET et l’ancienneté sur l’annuaire officiel des entreprises, demandez l’attestation d’assurance décennale en cours de validité, vérifiez la qualification RGE sur l’annuaire France Rénov’ si vous visez une aide, et demandez des références de chantiers récents à visiter.
Peut-on signer un devis puis changer d’avis ?
Seulement si le devis a été signé hors de l’établissement de l’entreprise (à votre domicile, par exemple) : vous avez alors 14 jours de rétractation. Signé dans ses locaux, le devis vous engage, sauf si vous avez versé des arrhes, que vous perdrez.
Notre recommandation
Ne choisissez jamais sur le total TTC. Rédigez un descriptif commun, exigez des devis détaillés en prix unitaires avec références des matériaux, éliminez celui qui oublie des postes, puis négociez sur la période, le regroupement des lots et l’échéancier plutôt que sur le prix brut. Le meilleur devis est le plus complet, pas le moins cher : à prestations réellement égales, l’écart final entre entreprises sérieuses dépasse rarement 15 %.
Règles vérifiées en octobre 2026 (arrêté du 24 janvier 2017, Code de la consommation, loi de finances 2025 pour la TVA). Taux horaires constatés en 2026 d’après les relevés Obat. L’exemple de salle de bain est indicatif.
— Camille Rousseau
